Pour commencer, lors de ma première année de DSAA, j’avais pu échanger quelques heures avec le collectif Terrains Vagues sur le participatif. Ces trois designers ont pour habitude de travailler pour les communes, la ville et les institutions culturelles. Pour elles, il existe deux types de participation. La première correspond au rôle du designer dans un projet, le rôle du graphisme en tant que passeur d’idées. En effet, le graphisme permet de faire interagir le public en le rendant acteur. Ainsi il est primordial de penser ses outils afin de permettre de créer une réelle rencontre entre le public et les graphistes. Cette vision de la participation se confirme avec mon atelier de carte subjective. Effectivement cet atelier s’avérait compliqué à appréhender, car celui-ci n’était pas optimiser pour un public extérieur au métier. En ce qui concerne la deuxième vision de la participation, il s’agit tout simplement de faire participer l’usager à un moment du processus créatif. En plus d’être enrichissant dans le projet, ces échanges permettent aussi d’enrichir notre travail sur d’autres aspects. Comme je l’évoquais un peu plus haut, je suis allée à la rencontre des riverains en proposant d’échanger autour des atmosphères du quartier par le biais d’une carte gustative. Ainsi cet atelier a débouché sur un véritable échange permettant de prendre en compte les avis des riverains. Pour enfin obtenir la charte graphique des atmosphères de la Krutenau par ses habitants. C’est ce qu’avait pu évoquer le collectif, en m’expliquant que le participatif permettait d’amener une nouvelle forme aux outils créés, il existe alors une interprétation unique du public, une ouverture, des échanges, et parfois même des remises en question. Le participatif rassemble donc plusieurs aspects : partage, festif, stimulation en équipe (designers et usagers).
Suite à cet entretien et mes expérimentations, j’ai pu confirmer qu’il était donc avantageux pour un projet d’inclure l’usager dans le processus de création notamment dans la récolte des données à montrer (part de subjectivité qui touche plus facilement les personnes).
une part de sensibilité dans le patrimoine immatériel (le subjectif pour raconter) / la participation
Enquête de terrain
1er compte-rendu, le 14 / 01 / 18
Comment amener un nouveau regard sur la ville de Strasbourg ?
Afin de mieux comprendre le rapport des Strasbourgeois à leur ville, leur rapport avec les supports de médiation d’information dans la ville, j’ai mené différentes expériences durant mes deux dernières années d’enseignement supérieur.
À l’aide d’entretiens, j’ai pu échanger autour de diverses thématiques. Notamment avec l’agence RTT, cet entretien m’a permis de mieux appréhender les outils de médiation dans l’espace urbain ainsi que la place du sensoriel dedans. Je me suis également appuyée sur l’entretien fait l’année dernière avec le collectif Terrains Vagues autour du rôle de la participation dans le processus de création. En vue de compléter ces données, je me suis également penchée sur les habitudes et appropriation des dispositifs mis à disposition dans la rue par les passants, tels que les bornes textuelles mais encore les colonnes morris, au cours d’observations mobiles et statiques. Enfin j’ai également eu l’occasion de proposer des ateliers et expérimentations sur les quais des Bateliers, dans le but de mieux comprendre et dégager le patrimoine immatériel, les ressentis et mémoire individuelle des locaux. Des expérimentations principalement menées autour de la cartographie pour définir l’environnement de mon terrain et échanger avec les habitants.
délimitations de mon enquête
Afin de mener à bien mon enquête de terrain, je me suis définie quelques limites. Dans un premier temps, j’ai délimité mon terrain d’intervention, travaillant sur les quais de la Krutenau, je me suis placée uniquement sur la Krutenau piétonne, pour ce qui est des observations plus large, je ne me suis pas définie de lieu précis. Aussi je me suis pour l’instant concentrée sur la cible principale qui est l’usager, par conséquent les locaux plus particulièrement les locaux. Je me suis également penchée sur les différents acteurs qui interviennent sur mon terrain, celui des quais des Bateliers. Pour cela j’ai pu rencontrer quelques designers qui ont l’habitude de travailler dans l’espace public et espère dans le futur pouvoir échanger avec des acteurs “directs” du quartier comme les associations de quartier et les commerçants. Mes recherches ont été réalisées depuis le mois d’octobre jusqu’à aujourd’hui mais je me suis aussi basée sur les observations que je me fais tous les jours dans la rue et sur les entretiens fait en première année.
les méthodes mises en œuvre
Entretien Terrains Vagues - le 25 / 05 / 18, au Bastion dans leur atelier
Entretien Agence RTT - le 29 / 11 / 18, au Bastion dans leur atelier
Guide d’observation - le 21 / 12 / 18, sur les quais des Bateliers
Atelier carte Subjective - le 15 / 10 / 18, Krutenau piétonne
Carte gustative - le 01 / 12 / 18, Krutenau piétonne
Entretien avec le Kartek - intention d’entretien
Projet Raconte ton Zurich - en cours de fabrication,
sur la place de Zurich à Strasbourg
l’espace public dans un projet
Comprendre la topologie de son terrain est une première étape essentielle dans l’élaboration d’un projet. Mon terrain s’ancre dans un environnement complet alliant urbain et nature. Suite à ma rencontre avec l’agence RTT, j’ai pu échanger sur comment appréhender son terrain, comprendre ses attentes. En effet, l’espace public est un lieu assez vaste, c’est une des difficultés de cet espace, il faut donc se concentrer sur une typologie d’usager que l’on veut toucher (enfants, travailleurs…). Comme ceci nous évitons l'éparpillement, c’est lors de ma première expérimentation sur le terrain que j’ai pu observer cela. Ne sachant pas vraiment où j’allais avec mon atelier de carte subjective, il m’était difficile de capter le public dans cet environnement dense. Répondre aux attentes de tout le monde s’avère compliqué à mettre en place en raison de ces nombreux facteurs.
Maintenant que j’ai pu aborder les caractéristiques de mon terrain, je me suis davantage penchée sur la place du sensoriel dans un projet. C’est en échangeant avec l’agence RTT que je me suis rendue compte qu’il y avait différentes manières d’aborder la sensorialité dans un travail. D’un certain point de vu, le projet peut être juste un prétexte pour aborder les sens “ faire du sensoriel pour faire des expérimentations sensibles”, ou dans un autre sens, le sensoriel peut être une manière de répondre à des besoins plus précis pour les usagers. Notamment dans le domaine du médical, ou les outils sont pensés en fonction des sens que nous souhaitons utiliser (exemple de personnes atteintes de daltonisme, il y aura une réflexion autour des couleurs usitées dans le projet). Lors de mes expérimentations, j’ai plus ou moins aborder la sensorialité notamment dans ma carte gustative. Je souhaite utiliser le sensoriel comme un prétexte pour aborder la ville autrement. Mettre dans de nouvelles conditions l’usager afin de lui apporter une nouvelle expérience utilisateur. Cette carte gustative a permis d’observer les réactions des passants face à une nouvelle approche du quartier, permettant d’ouvrir une discussion sur comment ils le visualisent dorénavant et leurs ressentis face à ce genre d’initiative.
matérialiser l’info pour la percevoir autrement
Matérialiser l’information pour la percevoir autrement est l’un des aspects que j’ai souhaité aborder pendant mon enquête de terrain. Une des solutions pour matérialiser de l’information différemment que par les procédés que nous connaissons déjà est celui de le transposer par les sens. J’ai donc essayé plusieurs ateliers / expérimentations liés aux sens. Nous pouvons actuellement recenser à l’aide de mon étude de marché des dispositifs existants qui utilisent ce procédé, notamment le musée du parfum et ses dispositifs olfactifs astucieux pour rendre compte des fragrances. Mais aussi le projet de Thalys par l’Associé Scents of the city, qui propose une expérience de voyage unique par leur installations au nombreux tubes olfactifs représentant chaque ville par une odeur marquante. Ces deux exemples nous montrent bel et bien qu’il est possible de proposer de nouvelles expériences uniques et singulières dans la matérialisation d’information notamment celle de la ville. En me basant sur mes observations, je remarque aussi que la priorisation d’un sens plutôt que des 5 en même temps propose une nouvelle perception du lieu et une nouvelle approche plus sensible du terrain. Une expérience donc plus impactante, inédite qui nous intrigue davantage.
S’éloigner des méthodes de traduction habituelles pour sensibiliser les passants s’avèrent être efficace. En discutant avec l’agence RTT, nous nous sommes arrêtés sur ce point. En tant que designer c’est à nous de penser les outils afin qu’ils soient le plus pertinent possible. Aussi notre rôle sert de passerelle entre toutes les attentes de chacun, “nous sommes en quelques sortes des concierges, nous prenons en compte toutes les demandes pour ensuite faire le lien entre toutes”. Je trouve que cette phrase résume très bien notre rôle de designer qui se place comme un médiateur, quelqu’un qui fait le lien entre tout le monde. Néanmoins sans perdre de vu, l’intention première qui est de proposer une réponse singulière à un projet. En nous éloignant des supports de médiation traditionnels (bornes, textes…), nous atteignons mieux les usagers, nous attisons leur curiosité. L’atelier que je prépare sur la narration d’un quartier avec les locaux (fresque collaborative) a pour but de faire découvrir le terrain autrement. Il me semble important d’utiliser des alternatives comme celui de détourner les sens pour représenter différemment une idée (le goût par l’odeur, la vue par le toucher etc). Cette observation a été confirmée lors de ma retranscription en broderie de mon terrain donnant lieu à des parhélies, amenant le spectateur à réfléchir sur ce qui l’entoure tout en touchant à l’onirique.
aborder / appréhender un dispositif rural
Quand je parle de dispositif rural, je comprends les dispositifs mis à disposition dans la rue, ceux qui m’intéressent sont ceux qui transmettent / véhiculent de l’information. L’intérêt de ces outils urbains est d’amener, diriger et informer les passants. C’est pourquoi, je trouve intéressant de confronter mes observations de terrain sur les usages et réactions des passants face à ces supports d’informations, à la finalité première de ces dispositifs. En effet, comme évoqué précédemment, l’espace public est un environnement compliqué par ses nombreux usagers. C’est ce que nous évoquions avec le collectif RTT, il est difficile de répondre aux attentes de chacun, ceci explique peut être la neutralité de ces supports d’information. Effectivement, ma première observation, très personnelle, fût : les supports ne sont pas attrayants tant d’un point de vu esthétique que dans le contenu. Surement dû au fait de vouloir contenter tout le monde sans sortir des sentiers battus. Une sorte de zone de confort dans la réalisation et présentation de ces dispositifs. On reste sur des formats ordinaires : bornes ou grandes plaques remplies de textes avec une image pour habiller le tout. Pour compléter ces observations, j’ai mis en place deux guides : un statique et un mobile. Ainsi j’ai pu observer les usages et réaction des passants, en suivant dans un premier temps un passant pendant 5 minutes, sur les quais des Bateliers pour ainsi dégager les attitudes des promeneurs dans l’espace urbain. J’ai pu remarquer que la plupart du temps, les personnes suivies avaient le nez sur leurs écrans et n’orientaient pas leur regard sur l’environnement qu’ils traversent. Une conclusion qui peut se justifier par le manque d’interaction disponible dans la ville comme disait Daym Ben Hamidi lors de notre entretien “la même solution que la place Kleber, faisons un espace vide et il pourra se passer pleins de choses”. Cependant il ne se passe rien, ce qui s’est confirmé avec mon observation statique où je me suis placée pendant 10 minutes devant des supports d’information et là encore les personnes y jettent à peine un oeil. En effet, même quand quelqu’un commence à s’y intéresser, il est vite dissuader face au gros bloc de texte qui n’explique pas grand chose sur les quais au final. Enfin, j’ai aussi noté qu’il y avait peu de supports papier tels que des affiches ou flyers. Pourtant il existe une colonne Morris sur les quais mais celle-ci est inexploitée. J’ai donc pu conclure qu’il existe aujourd’hui des dispositifs peu attrayants qui passent à la trappe, peu de gens les utilisent et quand on se penche un peu plus sur le contenu celui-ci n’est pas si utile que cela. En effet nous pouvons lire actuellement sur les quais un petit texte expliquant juste que l’eau a un rôle très important dans l’histoire de Strasbourg sans même rentrer dans les détails. Il faut donc davantage réfléchir à ses outils urbains afin d’optimiser leur efficacité, en attirant l’attention du public.